ENVIRONNEMENT. L'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère pourrait avoir de lourdes conséquences sur la culture des huîtres d'Arcachon et de Marennes-Oléron (SUD-OUEST 27-10-2009)
Menaces climatiques sur l'ostréiculture
La montée des eaux, due au réchauffement climatique, est l'une des craintes principales des ostréiculteurs. (Photo Archives Thierry David)
La vie des ostréiculteurs n'est pas un estuaire tranquille ! En témoignent les épisodiques interdictions, pour raisons sanitaires, de vente de leur récolte auxquelles ils sont confrontés. Et il se pourrait bien que les conséquences de l'augmentation, dans l'atmosphère, du volume des gaz à effet de serre, responsables du dérèglement climatique, n'arrangent pas leurs affaires au fil du siècle.
Océans plus acides Si les études sur la question restent encore à approfondir, l'acidification des eaux océaniques risque de bouleverser les pratiques ostréicoles. Jean-Pierre Gattuso, chercheur au CNRS de Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes) s'est penché, avec son confrère Frédéric Gazeau, sur ce problème.« L'acidification des océans résulte de l'accroissement, par l'homme, des rejets en gaz carbonique (CO2) dans l'atmosphère, explique-t-il. On constate que les océans sont 30 % plus acides qu'en 1800. Et on estime que cette acidité aura triplé en 2100 par rapport à 1800. Chaque jour, plus de 25 millions de tonnes de gaz carbonique se combinent avec l'eau de mer, la rendant plus acide. »
Du coup, le métabolisme de l'huître s'en trouve affecté. « Les mollusques ont besoin, pour leur équilibre, de calcaire et de carbonate, poursuit le scientifique. Le premier est présent en grande quantité dans la mer, ce qui n'est pas le cas du second. Or, l'excès de gaz carbonique, responsable de l'acidité, s'attaque au carbonate. En conséquence, les huîtres cultivées en France deviennent plus fragiles ; elles deviennent donc plus petites et plus vulnérables, à cause des micro-organismes susceptibles de percer leur coquille. »De là à conclure que la mortalité importante des huîtres, constatée récemment par les ostréiculteurs, est liée à ce phénomène, il n'y a qu'un pas, que se garde de franchir Jean-Pierre Gattuso. « Les expériences que j'ai effectuées l'ont été en laboratoire. Nous ne disposons toujours pas d'études faites sur le terrain. Donc, nous n'avons pas la certitude que nos résultats peuvent être transposés dans le milieu océanique. » Son confrère de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) Stéphane Pouvreau demeure lui aussi très prudent. « Il faudrait avoir du recul et des statistiques sur trente ans au niveau du suivi de l'acidification, mais ce sont des études qui sont longues et très coûteuses. »Toutefois, « si les prévisions les plus alarmistes du Groupe intergouvernemental de l'étude du climat (Giec) se vérifient, il y a un véritable risque, concède-t-il. Mais il y a d'autres problèmes concernant les huîtres, bien plus préoccupants. »
Des bassins plus chauds De fait, l'acidification des eaux d'Arcachon et de Marennes-Oléron, dans lesquelles se reproduisent naturellement les huîtres, n'inquiète pas, pour l'heure, les ostréiculteurs. Ceux-ci s'interrogent davantage sur l'élévation de la température des eaux.« L'eau se réchauffe sous l'effet des hivers moins rigoureux. Donc, la température baisse de moins en moins, ce qui accroît les phénomènes de mortalité », interprète François Patsouris, président de la Section conchylicole Poitou-Charentes.La hausse de la température des eaux est en effet sensible : ces vingt dernières années, les eaux du bassin de Marennes-Oléron se sont réchauffées de 1,5°. Et il est rare, désormais, que celles du bassin d'Arcachon, en hiver, soient inférieures à 9 degrés. « Les variations climatiques tendent à déséquilibrer un peu plus l'écosystème estuarien », constate dans son étude Patrick Soletchnik, chercheur à l'Ifremer. « Les mortalités d'huîtres creuses apparaissent ces deux dernières décennies, alors que cette espèce a été importée sur le littoral français depuis la fin des années 60. »D'autre part, si la hausse des températures marines a un impact sur le cycle de reproduction de l'huître et son développement, est-il possible que cela accroisse la prolifération de micro-algues qui rendent ces mollusques impropres à la consommation ? « De nouvelles familles de toxines se sont développées au fil du temps », note Marc Mortureux, directeur de l'Agence française pour la surveillance sanitaire des aliments (Afssa). « Elles viennent de micro-algues qui se multiplient lors de périodes dites d'efflorescence, entre avril et août. L'évolution des écosystèmes marins, liée à l'activité humaine et au réchauffement climatique, joue un rôle.»
Montée des eaux Autre conséquence possible, et non des moindres, du dérèglement climatique sur l'ostréiculture : la montée des eaux. Une perspective qui, selon Jean-Charles Mauviot, le directeur de la Section régionale conchylicole Aquitaine, est déjà perceptible. « Nous avons eu une alerte à Lanton (33), dernièrement. Si ça monte, cela va poser des problèmes considérables au niveau des infrastructures de travail. Avec une élévation de 50 centimètres, ce sera la catastrophe. »Dans son rapport livré en septembre, l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique notait que l'élévation des eaux sur le littoral français, au cours du siècle, serait comprise entre 50 centimètres et 1 mètre, « son ampleur dépendant du rythme de la fonte de la calotte glacière.»
Auteur : Sébastien Darsy
A la recherche de l'huître résistante
L'avenir de l'ostréiculture française est suspendu à la découverte d'une huître résistante aux causes actuelles de mortalité massive. C'est aujourd'hui, à Paris, que le Comité national de la conchyliculture décidera des modalités du programme de recherche qui débute.
L'idée a été émise après un deuxième été de très fortes pertes sur le cheptel d'un an. Le président du Comité national, Goulven Brest, annonce un taux de 70 %, pour la période comprise entre mai et aujourd'hui. Le plan d'action qui doit être officialisé dans la journée a été peaufiné en début de semaine à La Rochelle. Les représentants de l'ensemble des centres de production français (la Méditerranée exceptée) s'y retrouvaient pour discuter des prix en début de campagne de commercialisation, mais aussi de leur avenir, qui passe désormais par l'identification et la reproduction d'une famille « immortelle » et provenant du milieu naturel. Des rencontres ont déjà eu lieu avec des scientifiques, et des visites ont été organisées dans les centres techniques et les écloseries de Vendée et Charente-Maritime, les spécialistes du naissain.
souches japonaise et australienne seront testées. (Photo Philippe Baroux)
Du Japon et d'Australie
« Notre objectif, souligne Goulven Brest, c'est l'immersion et le réensemencement dirigé des zones de production, pour remettre de l'ordre dans les productions naturelles. » Le programme qui doit être présenté s'intéresse à quatre souches d'huîtres japonaises, Crassostrea gigas. Les travaux de recherche concerneront une famille originaire des eaux européennes, deux des eaux japonaises, et une quatrième d'Australie. Les tâches seraient réparties entre les stations de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer à La Tremblade (17) et Bouin (85). Plates-formes auxquelles serait pleinement associée Sélection française conchylicole, société vendéenne née au printemps dernier du regroupement de quatre écloseurs qui avaient déjà le projet de sélectionner des souches. Un cinquième écloseur, le Rétais Éric Marissal, dont les installations rochelaises étaient visitées mardi par le groupe de travail, pourrait renforcer ces équipes.
Cette mission, quels qu'en soient les acteurs, cheminera sur un long parcours, puisque, après la validation des études en laboratoire, suivra une séquence expérimentale dans le milieu naturel.
Goulven Brest a d'ailleurs la prudence de ne pas avancer de délai autre que les « quatre à cinq ans où nous pensons avoir les premiers résultats probants ». Mais restera-t-il encore des ostréiculteurs à cette échéance, si chaque été la mort emporte 70 % des jeunes huîtres ? Pour la réponse, les ostréiculteurs se retournent vers l'État. « Pour qu'il nous aide à tenir ! »
Auteur : Philippe Baroux Sud-Ouest 18-09-2009
Nouveau test des huîtres ? (Vidéo Sud-Ouest)
Question de survie
L'environnement se dégrade, des ostréiculteurs cherchent une huître résistante. (photo Philippe Baroux)
L'environnement se dégrade, des ostréiculteurs cherchent une huître résistante. (photo Philippe Baroux)La moitié seulement des adhérents d'AproMarais étaient présents, mardi soir à La Tremblade, pour le bilan annuel de l'équipe de Michel Bertin. Selon que l'on considère la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide, chacun tirera ses conclusions de cette audience. Mais pour le président, n'avoir qu'une centaine d'ostréiculteurs présents - alors que la crise de la filière définit des contours soulignés par un deuxième été de mortalités juvéniles -, est une déception.
L'incompréhension est d'autant plus vive que l'ostréiculteur trembladais s'était démené pour apporter de la densité aux échanges. Plusieurs exposés étayaient les réflexions sur la dégradation de l'environnement estuarien, les mortalités des huîtres, et les voies à explorer pour préserver ce qui peut l'être de la viabilité économique des entreprises conchylicoles.
« Seul le largage d'une eau de bonne qualité permet à nos établissements de disposer d'une eau de qualité. » Le postulat de Michel Bertin résonne comme une incantation. Sébastien Léonard, du groupe régional pour la réduction des pesticides, évoquait le long chemin à parcourir. Des pesticides dans la Seudre ? 966 substances phytosanitaires identifiées dans les années 90, et plus que 300 autorisées aujourd'hui. Les pratiques agricoles sont connues, mais le désherbage opéré par les collectivités locales n'est pas à négliger. Sébastien Léonard conclut à « une contamination généralisée de l'environnement », mais module sur le constat « d'une baisse substantielle des teneurs en Seudre et Charente. »
Des pistes
Le lien avec les mortalités ? Tristan Renaud, de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, ne l'établit pas davantage. Le chercheur déclare cependant que l'impact des polluants sur les mollusques est avéré. Les expériences menées en laboratoire ont tracé des effets sur le génome et sur la capacité de reproduction des coquillages : anomalies congénitales, perte de fertilité. Mais, dans le milieu marin, les interactions sont trop nombreuses pour tirer une conclusion définitive. Les ostréiculteurs connaissent ce discours empreint de prudence. Mais pour eux, l'urgence économique commande. D'où la logique de Michel Bertin quand il convie à la tribune deux représentants du Comité national de la conchyliculture (CNC) : il se montre désormais moins soucieux des causes de la dégradation environnementale, que de parvenir à sélectionner une huître naturelle résistante aux mortalités.
Qui paiera ?
« Comment faire pour que nos huîtres ne crèvent plus ? », interroge-t-il. Le CNC lance trois pistes : importer une souche japonaise résistante, créer un hybride, ou améliorer la sélection des lots les moins vulnérables aux causes de mortalité. Les présidents de tous les centres de productions français s'entendent sur cette stratégie.
Mais, comme le souligne celui du Poitou-Charentes, François Patsouris, il reste encore à lever une question : « qui paiera ? » Michel Bertin l'a redit mardi, lui souhaite l'intervention des fonds publics, pour que la profession garde une marge de manœuvre face aux écloseurs, les premiers intéressés par les notions de sélection.
Auteur : Philippe Baroux Sud-Ouest 03-09-2009
EUROPE. Après de longues démarches, l'appellation « Huîtres Marennes-Oléron » dispose d'une Indication géographique protégée
« Marennes-Oléron » décroche son label
La Pousse en claire sera protégée par une IGP. (Photo Pascal Couillaud)
En 1989, l'huître Fine de Claire verte obtenait un label rouge. Une première pour un produit de la mer. Vingt ans après, l'Union européenne a enfin délivré sa précieuse « IGP », pour Indication géographique protégée, à l'appellation « Huîtres Marennes-Oléron ». Cette marque s'appliquera aux huîtres élevées dans les claires de ce bassin qui s'étend sur plus de 3 000 hectares, entre la Seudre et l'île d'Oléron. « C'est l'aboutissement d'un long combat pour la qualité », résume François Patsouris, président de la section régionale conchylicole, qui avait hier une pensée pour ses prédécesseurs Alain Bertin ou Bernard Laugraud, « courageux précurseurs dans ce combat ».Atout marketing « C'est un soulagement après des années de galère », abonde Jean-Pierre Suire, président du groupement qualité de l'appellation. Récompensant les efforts consentis ces dernières années par les ostréiculteurs, ce label arraché de haute lutte constituera un « formidable atout d'image et de commercialisation », qui pèsera nécessairement dans la négociation des prix. Référent, il devrait également rassurer le consommateur et le conforter dans son choix.Cahier des charges Environ 500 professionnels sur les 700 que compte le bassin ont choisi d'adhérer à la charte de l'appellation et pourront donc revendiquer cette IGP. Condition sine qua non : les huîtres doivent être élevées en France, affinées entre un et six mois dans les claires d'une des 27 communes de la zone d'appellation contrôlée, et expédiées depuis cette zone. La démarche a aussi un coût : très précis, le cahier des charges implique des investissements, parfois des sacrifices. Les professionnels adhérents feront l'objet chaque année d'un double contrôle, piloté par les organismes certificateurs d'une part (Certipaq et Veritas), et également mené en interne par le groupement qualité.
Auteur : Christophe Galichon 04-02-2009
OSTRÉICULTURE. Conformément au plan Barnier, le préfet s'est engagé hier à indemniser les professionnels à hauteur de 13 millions d'euros
Comme après la tempête
« Je ne suis pas venu pour l'esbroufe et les promesses », avait prévenu Michel Barnier au centre) lors de sa venue à Marennes l'été dernier. (photo pascal couillaud/archives)
« Je ne suis pas venu pour l'esbroufe et les promesses », avait prévenu Michel Barnier (au centre) lors de sa venue à Marennes l'été dernier. (photo pascal couillaud/archives) Le 24 juillet 2008, le ministre de l'Agriculture et de la Pêche, Michel Barnier, venait dans le bassin de Marennes-Oléron prendre la mesure de la crise provoquée par la surmortalité des huîtres. Sept mois plus tard, le préfet de la Charente-Maritime Henri Masse détaille le dispositif d'indemnisations, baptisé plan Barnier, mis en place en urgence pour aider les professionnels à surmonter cette épreuve.3,4 millions à titre d'acompte« Le plan Barnier va pratiquement atteindre le montant des indemnisations qui furent accordées après la tempête de 1999. L'État va débourser environ 13 millions d'euros. 3,4 millions ont déjà été versés avant Noël à titre d'acompte, pour éviter aux professionnels les problèmes de trésorerie », expliquait hier Henri Masse, à l'issue d'une réunion de synthèse du comité départemental de suivi ostréicole, en présence des professionnels de la filière, qui se tenait à la Direction régionale des Affaires maritimes à La Rochelle. À la suite de la tempête du 27 décembre 1999, l'État avait débloqué près de 15 millions d'euros, pour compenser les destructions de cheptel, de cabanes et autres chalands en Charente-Maritime. L'enveloppe prévue par le plan Barnier approche cette somme. Les indemnités calamités agricoles représentent à elles seules 12 millions d'euros de l'enveloppe globale.« Pas de surprise »Ce plan se décline en fait en cinq mesures. La première vise à aider les exploitations spécialisées en production de naissains et de demi-élevage. Le Fonds d'allégement des charges (FAC) prendra en charge les intérêts des échéances des prêts professionnels d'une durée supérieure à 24 mois.
La Charente-Maritime obtiendra ainsi 2,5 millions d'euros.Des prêts bonifiés de trésorerie doivent ensuite permettre de financer le rachat de naissains nécessaires au réensemencement rapide des parcs à huîtres. Par ailleurs, les ostréiculteurs auront droit à des remises de redevance domaniale au titre de l'année 2008, pour ceux ayant subi des pertes de naissains et d'huîtres juvéniles, ainsi qu'à un report des cotisations sociales salariales et patronales. La cinquième mesure concerne la procédure des calamités agricoles, dont une partie a donc déjà été versée.« Nous attendons maintenant le deuxième versement des indemnités aux calamités agricoles. D'après ce qu'on nous a dit, ça ne se fera pas avant le mois d'avril. C'est un peu tardif... », confiait hier Gérald Viaud, le président du Syndicat des conchyliculteurs de Marennes-Oléron.« Globalement, il n'y a pas de surprise. Ce que le préfet annonce correspond à la clôture des dossiers. Nous regrettons toutefois que les huîtres vendables ne soient pas prises en compte par ce plan, qui ne retient que les juvéniles. Nous nous interrogeons aussi sur le Fonds d'allégement des charges et les prêts bancaires qui doivent nous être accordés. Comment tout cela va-t-il se réaliser ? Enfin, le réensemencement des huîtres de moins de douze mois nous inquiète. On ne sait pas comment on va se réapprovisionner », indique Gérald Viaud.Le préfet est aussi revenu sur les aides attribuées par le plan Barnier pour la filière pêche, « qui ne se limite pas à un plan de sortie de flotte », a-t-il insisté. En Charente-Maritime, la filière aura bénéficié de 2,3 millions d'euros, en dehors du plan de sortie de flotte.
Auteur : Frédéric Zabalza 22-01-2009
UNE RUPTURE DES PRATIQUES
(Sud-Ouest du 3-01-2009) Auteur : Philippe Baroux
ÉTAULES. Anthony Peponnet, qui a vu ses huîtres consacrées dans différents salons et concours, a été frappé de plein fouet par la mortalité estivale. Mais il refuse de se laisser envahir par le doute
Cette année 2008 fut celle du doublé pour ses Spéciales : médaille d'or au concours régional des Saveurs Poitou-Charentes, médaille d'or au concours général du Salon de l'agriculture à Paris.
Anthony Peponnet a tout juste eu le temps de savourer ce succès que le frisson de la mortalité estivale des jeunes huîtres a parcouru le bassin. Le jeune producteur d'Orivol annonce un taux de 80 % mais ne se laisse pas envahir par le doute. Installé depuis peu, il n'a d'autre alternative que de mettre le nez dans le guidon.
33 ans, et un passé familial qui guide une des mains parmi les plus solides de la relève dans le métier. Deux ans et demi après son installation, il est déjà une de ces valeurs appelées à devenir sûres, dont le nom commence à se murmurer, y compris parmi les ténors du métier. Quatre générations de Peponnet au pays des claires pour en arriver à l'idée d'un travail méthodique, dans un périmètre défini quasiment à l'huître près.
Anthony sait combien il lui faut de garniture pour les poches mises à l'eau, il se représente précisément le volume de travail nécessaire, et se retrouve donc en capacité de gérer au plus juste le prix de revient de ses 80 tonnes annuelles.
Pour remonter le fil de l'histoire familiale, investir dans un GPS n'est pas un luxe. Anthony expédie aujourd'hui depuis Étaules, quand les trois générations précédentes avaient choisi la Grève-à-Duret, commune d'Arvert. Un déménagement qui a permis de s'affranchir de travaux de mise aux normes, de gagner de la surface pour travailler, et d'ajouter aux parcs d'élevage de son père une partie des concessions du vendeur, Christian Jaud. À croire que, dans la famille, on ne mollit jamais pour brasser les meubles de l'entreprise.
« Mon grand-père Louis, déjà, s'était installé à 200 mètres de l'exploitation de mon arrière grand-père. Et quand mon père, Christian, a pris la main, il a réexploité l'établissement de... l'arrière-grand-père. »
« Moins de personnel »
Avec le même GPS, on peut aussi découvrir la méthode de production d'Anthony. L'instrument électronique guide sur les parcs de finition d'huîtres, ces grands classiques de Marennes-Oléron que sont les bancs de la Casse, Lamouroux, des sables de Ronce-les-Bains. Il pointe aussi Riec-sur-Belon (Finistère) où Anthony immerge - sur trois hectares - des huîtres prégrossies.
Là se niche une rupture nette avec les pratiques professionnelles de son père. « Je ne fais plus de demi-élevage. Je ne travaille plus le 0-18 mois et j'achète des huîtres pré-grossies. Cela me permet de produire avec moins de personnel. Quand j'ai investi dans l'entreprise, j'avais l'obligation immédiate de rentabilité. Avec du pré-grossi, je gagne dix-huit mois (NDLR, la moitié du cycle de croissance). C'est ce qui me permet de gérer au plus près. L'inconvénient, c'est que ça demande une trésorerie assez lourde. Et, cette année, on a tout perdu en un claquement de doigts. »
Tout perdu, sauf le courage, et ses niches commerciales : un beau marché à La Couronne, en Charente, hérité du grand-père, d'autres filières traditionnelles telle que la restauration, les comités d'entreprises, certains clients de son vendeur, mais pas de grande distribution : « Je n'ai que des magasins en direct. Je ne traite pas avec les centrales d'achat. » Question de reconnaissance du produit, de la qualité, et de prix pratiqués.
Les grandes familles. Le Bordelais a ses châteaux, l'ostréiculture de Marennes-Oléron ses grandes familles. Depuis trois, quatre, cinq générations, on s'y transmet les savoir-faire et les marchés. Tout au long de la semaine, « Sud Ouest » vous a convié à découvrir quelques-uns de ces grands crus de l'huître expédiée de Charente-Maritime. Le livre se referme aujourd'hui.
CALAMITÉ OSTRÉICOLE : TÉMOIGNAGE D'UN ANCIEN OSTRÉICULTEUR
Je compatis énormément aux problèmes de M. Péponnet et je le plains beaucoup. Pour mon compte j'ai connu trois fois ce problème terrible dans ma vie d'ostréiculteur. 1° En 1949 l'été fut torride. Notre spécialité, l'huître plate (ostrea edulis) cultivée en claires, creva à 99%, sinon 100%, avec 40 g de sel au litre. 2° Dans les années 60 une augmentation de l'eau douce dans les claires - moins de 10 g de sel au litre - nous fit subir le même sort. Il faut savoir que l'eau de mer idéale pour une huître est de 21 g au litre, alors que nous avions entre 2 et 5 g en surface à Chatressac 3° N'oublions pas 1971 avec la disparition progressive mais sûre de l'huître portugaise (angulata), situation sauvée in extremis par l'opération "Résur" organisée par certains ostréiculteurs de notre pays qui refusaient de baisser les bras.
Je ne parle même pas ici des tempêtes et autres mystérieux accidents, qui ont toujours empêché les ostréiculteurs de devenir des super-millionnaires, bien que leur métier soit jalousé par des gens non-informés des réalités.
PARTAGE ÉQUITABLE DU MILIEU MARITIME À SAINT-PABU (29)
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L'OPÉRATION RÉSUR (récit de Claude GOULEVANT)
Le récit que nous vous proposons est véridique. Il n’est pas particulièrement lié à notre commune d’Etaules, mais celle-ci n’échappera pas à la grande « crève » des huîtres, qui va ravager le bassin de Marennes-Oléron. L’action se passe dans les années 70 et se situe dans le milieu ostréicole. Les ostréiculteurs, ces « jardiniers de la mer », tributaires d’une nature pas toujours généreuse, voient leurs huîtres dépérir, mourir, disparaître. Pour Marennes-Oléron, c’est la fin d’un métier. Que faire ? C’est alors, qu’envers et contre tous, une poignée d’hommes et de femmes, devant un désastre imminent, refusent de baisser les bras et, malgré eux, vont être entraînés dans une folle aventure des plus risquées. Au fur et à mesure du déroulement de ce récit le lecteur va se demander où se trouve le plus fort du combat : sur le terrain, avec la nature, ou dans les bureaux, avec les « paperassiers » ? A lui de juger quand il aura lu l’OPERATION RÉSUR...
Dans notre bassin de Marennes-Oléron la ligne droite maritime n’est pas toujours le bon chemin, témoin le récit suivant, qui évoque mes débuts, en 1946, dans l’ostréiculture, ce métier de « paysan de la mer ». Au lendemain de la guerre la situation matérielle ostréicole n’est pas reluisante : les bateaux et leurs moteurs sont usés, les hommes fatigués, les exploitations dans le même état, ou pire. Une refonte générale s’avère nécessaire, mais comment ? Tout manque, et manquera encore longtemps ; le règne des bons-matière et des tickets de rationnement n’est pas terminé...