Les mystères de Trompe-Sot dévoilés ? (magazine "La Côte de Beauté" 09-2009)
Vendredi 21 août, l'équipe du Galathée a mis le cap sur l'épave de Trompe-Sot avec l'intention de percer son mystère
Vendredi 21 aout, en fin de matinée, à 500 m du Galathée, ancré non loin de la bouée rouge signalant le danger, les premiers bancs de sable découvrent entre les parcs à huîtres et le site de l'épave de Trompe-Sot (CB n° 96). Le bateau doit être laissé à son mouillage, toujours ballotté par les puissants chalands qui rivalisent d'adresse pour passer au plus près de l'intrus. Toute l'équipe est à pied d'œuvre. L'eau, exceptionnellement claire pour une maline de 111, laisse apparaître les premières têtes de membrures. Le niveau du sable a monté de plusieurs dizaines de centimètres et l'inconnue de Trompe-Sot ne montre plus grand-chose de sa vieille carcasse. L'équipe doit alors s'adapter à cette situation imprévue et commencer par des opérations de désensablement et de dégagement des vestiges. Au fur et à mesure que l'eau baisse, ils sont une dizaine à essayer d'enlever un sédiment mi-eau mi-sable qui ne demande qu'à revenir. Finalement, les récepteurs GPS sont positionnés et permettent d'obtenir un point fiable et automatiquement corrigé des éventuelles erreurs des signaux satellite. Chaque membre de l'équipe se consacre à une tâche précise : André et Thierry vérifient si des masses métalliques se cachent sous le sable et contrôlent les assemblages de charpente : chevilles de bois ou clous de fer ? Vincent s'intéresse aux bordées et dessine ce qui pourrait être un vaigrage intérieur. Les membrures sont numérotées, mesurées, on cherche les traces d'un doublage ou d'un calfatage, on note la maille entre deux membrures et l'épaisseur du bordé. En début d'après-midi, l'eau remonte et oblige à accélérer le mouvement. Quelques morceaux de bois sont prélevés pour permettre, peut-être, d'en découvrir les essences et on creuse à la verticale d'une anomalie magnétique. Au bout de plusieurs minutes de tâtonnements «à l'aveugle», la décision est prise d'essayer de prélever cette concrétion et plusieurs bras creusent frénétiquement car c'est maintenant une course contre la montre avec l'océan. Les pieds déjà dans l'eau, un gros bloc gris noir d'une vingtaine de kilos est sorti. Les chercheurs découvrent alors, sur cette concrétion, une sorte de tirette avec une boule, un fer plat de l'autre, et les deux bougent en même temps. Quelques jours plus tard, un examen aux rayons X confirmera l'hypothèse d’une commande à distance, avec quand même une autre interprétation possible : celle d'une pompe de cale à main. Un nettoyage par traitement électrolytique devrait prochainement permettre de trancher.
Rapidement l'épave de Trompe-Sot est de nouveau submergée et si le sable continue à monter dans cette zone, il y a fort à parier qu'elle disparaîtra de nouveau comme de 1912 à 2007...
Dans l'état actuel des recherches, l'épave de Trompe-Sot pourrait être un bateau de charge motorisé. La présence de ces «porteurs à vapeur» est attestée des 1871 par J. A. Lételié, historien mais aussi ancien directeur de l'usine Saint-Gobain à Marennes, qui en utilisait. Du côté des archives, interrogées par Pierre-Emmanuel Augé et Henri Moreau, on parle d'une épave de Trompe-Sot signalée en 1912 et disparue en 1923, l'Espérance, échouée sur le banc en venant de la baie de l'Aiguillon. D'autres pistes sont étudiées mais l'Espérance est actuellement la plus sérieuse.
Aujourd'hui, les chercheurs s'interrogent sur l'organisation d'une nouvelle expédition. A marée basse, enlever du sable saturé d'eau est très difficile, le sédiment reprenant de suite l'espace dégagé. En revanche, sous l'eau, c'est une technique relativement aisée pratiquée sur tous les chantiers archéologiques sous-marins, à l'aide d'une simple pompe à eau qui alimente une lance et une sorte d'aspirateur appelé «suceuse». L'idée d'une prochaine visite dans ce sens fait son chemin. Pour Thierry Proust, responsable de l'opération, au-delà de l'aspect scientifique, l'aspect humain de cette aventure n'est pas négligeable. «Je tiens d'ailleurs à remercier tout d'abord le DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines) et Mme Hulot, pour l'autorisation temporaire d'opération archéologique sous-marine, ainsi que le préfet maritime de l'Atlantique pour son avis favorable au projet. Merci également à l'association La Navicule Bleue et à tous ceux qui ont rendu cette expédition possible. Remerciements également à l'association Groupe Galathée, dont le bateau de travail le Galathée, labellisé bateau d'intérêt patrimonial, a déjà réalisé de nombreuses opérations scientifiques, cinématographiques et archéologiques depuis 1977.» Pour Thierry Proust, il est probable que l'épave sera un jour identifiée, des descendants des naufragés seront peut-être même retrouvés et un petit morceau de l'histoire maritime locale pourra retrouver sa vraie place dans la mémoire collective.
Magazine "La Côte de Beauté" septembre/octobre 2009
Des experts pour faire parler l'épave de Trompe-Sot
À La Tremblade, toute l'équipe s'affaire. (photo raoul colmard)
Vendredi 21 août, à 7 heures, documents administratifs à bord, le « Galathée » et son équipée mettent le cap sur Trompe-Sot (voir « Sud Ouest » du 16 août 2008), profitant des bonnes conditions météo et d'un fort coefficient de marée. Objectif : interroger l'épave de « Trompe Sot ».
Un arrêt au port permet le chargement du dernier matériel et des personnes : le topographe géomètre expert et ses lourds instruments avec ses deux assistants ; les experts archéologues, le cameraman (producteur réalisateur et écrivain à ses heures), des jeunes de la Navicule Bleue (organisme de réinsertion dans le milieu maritime) et leurs accompagnateurs, heureux qu'ils sont de cette sortie aventure en mer ; des amis pour aider.
Préparatifs à bord Une fois ancrées à proximité du banc, à une petite encablure de la bouée rouge de Trompe-Sot, les navettes qui vont acheminer hommes et matériel attendent que la marée soit assez basse pour débarquer.
C'est le moment choisi pour répartir les tâches et bien planifier la mission. C'est le mot exact puisqu'il s'agit bien d'une opération dûment préparée (1) qui nécessite un tas de paperasse et d'autorisations administratives.
À base de croquis, le topographe explique comment il va procéder : Trois trépieds portant des balises GPS vont être disposés en triangle à proximité de l'épave ; à partir de là, le GPS va déterminer une position exacte au centimètre près en utilisant la méthode différentielle qui s'affranchit des variations des signaux satellites.
Le principe en est simple : les stations étant fixes, toute variation de position ne peut être due qu'à une modification des signaux.
Cette erreur est alors automatiquement corrigée dans les relevés effectués.
Puis il va falloir effectuer différentes visées à partir de la structure apparente, des points référencés, ce que feront les deux assistants ; partant des coordonnées stockées, un logiciel 3D permettra plus tard une fidèle représentation de l'embarcation en trois dimensions. Impressionnant !
L'eau enfin se retire La mer envoie au large ses eaux reprendre de l'énergie, découvrant des terres devenues inconnues. La horde des chalands tels des chats aux couleurs de souris, bondissant hors de l'eau, en profite pour aller cueillir les fruits de l'océan si peu souvent accessibles ; la course se fait sauvage. Le « Galathée » se met à danser, obligeant les passagers à se poser. Le moment du débarquement a sonné. Surprise, la forte marée de la nuit a oublié un inattendu fardeau de sable recouvrant la gisante carcasse de bois à peine ferrée. Un ancien, tout proche, venu pêcher, précise : « C'est souvent comme ça par fort coefficient ».
Seuls des moignons de bois sont enfin visibles, tels des bras de naufragés dans leur cercueil de sables mouvants.
Il faut faire vite, les bras s'affairent à dégager les membrures de la coque. Dur, dur. Les relevés du topographe se peaufinent. Les archéologues procèdent comme des médecins légistes et finissent leurs prélèvements lorsque l'eau reprend furtivement son otage. C'est terminé.
Des règles régissent les découvertes qu'il faut respecter : tout objet façonné par l'homme et trouvé sur le littoral ou en mer (jusqu'à plusieurs miles des côtes) doit être déclaré dans les quarante-huit heures aux autorités maritimes par son inventeur. Toute fouille, prospection, sondage, utilisation d'un détecteur de métal, etc. sont soumis à autorisation.
SUD_OUEST 26-08-209 Raoul Colmard
Thierry proust : "L’Enigme de trompe sot"
Thierry Proust est archéologue après avoir parcouru le monde à la recherche d’épaves et de trésors oubliés, il s’est rendu sur le site de « trompe sot » où les restes d’un navire lui ont été signalés. C’est près de chez lui à quelques encablures de son port d’attache, La Tremblade que Thierry prospecte et extrapole autour des éventuelles origines et natures de ce naufrage, justifiant ainsi à nos yeux le rôle important que représentent ces investigations dans l’écriture de l’histoire et de la connaissance des civilisations et des peuples.
Vidéo extraite de "Ma vie est une aventure" (FR3), clic sur le bouton "Play"