
| Le comité de concertation sera chargé d'examiner les propositions qui sortiront des groupes de travail, dirigés par François Colas, le chef de mission d'études et de création du Parc naturel marin (dont la petite équipe est basée à Rochefort). Pendant les huit mois qui viennent, il notera les idées des collectivités, syndicats, associations et autres représentants du littoral. Le premier groupe de travail se réunira dès la semaine prochaine, mardi après-midi, à l'Aquarium de La Rochelle. Quelque 150 personnes sont invitées. Au menu : présentation de la méthode et du calendrier. Deux universitaires rochelais partageront leurs connaissances du site naturel. « Nous aborderons par la suite des thématiques différentes : pêche, conchyliculture, commerce, loisirs, plaisance, etc. Nous organiserons une réunion chaque semaine, en alternance au nord et au sud, pour que personne ne soit oublié. Ces groupes, qui sont pilotés par le comité de concertation et les préfets, feront des propositions d'orientations. Vers le milieu de l'année prochaine, je remettrai au comité un rapport de propositions, préalable à une enquête publique et à un décret de création, prévu pour 2011 », annonce François Colas. |
PARC NATUREL MARIN
 |
|  |
PARC NATUREL MARIN.François Colas et son équipe sont à pied d'oeuvre. Le dialogue s'engage pour les pertuis et l'estuaire de la Gironde
|  François Colas, chef de la mission du Parc naturel marin pertuis charentais-estuaire de la Gironde. (photo philippe baroux)
| « L'attente est forte » Les producteurs d'huîtres et de moules, leurs collègues pêcheurs professionnels, doivent-ils craindre le Parc naturel marin des pertuis charentais-estuaire de la Gironde, pour lequel une mission d'étude vient de se mettre en place ? François Colas, le responsable de ce groupe opérationnel de quatre personnes chargé de préparer le terrain, retourne le champ de la réflexion : « Tout dépendra de ce que les gens feront de ce parc, dès la phase préparatoire dans laquelle nous nous trouvons. » C'est un décret du gouvernement qui, seul, donne naissance à un parc naturel marin. Mais avant d'arriver à cette signature, une longue procédure doit ainsi être bouclée. Pour conduire cette étape, le préfet maritime de l'Atlantique, basé à Brest, et les préfets des départements de Charente-Maritime et de Gironde, ont installé la mission d'étude. François Colas d'insister : « Nous ne sommes donc pas encore dans une configuration où le parc est déjà créé. » Durant dix-huit à vingt mois, il s'agira de poser des jalons sur les trois pivots du futur parc : son périmètre, ses orientations, son conseil de gestion. Autrement dit répondre aux questions : que gérer, où gérer et qui gérera ? |
Les premières consultations La méthode ? Le dialogue, dont le chef de mission clame les vertus. « Nous ne pouvons pas voir tout le monde. Mais nous allons approcher quatre catégories de personnes, pour leur demander si elles veulent du parc, et, dans le cas d'une réponse positive, quels éléments elles veulent impérativement y voir », précise François Colas. Ces « acteurs » de la vie marine sont, tout d'abord, les représentants des administrations et des établissements publics qui « interviennent sur le domaine public maritime ». Seront aussi questionnés les maires des communes littorales et représentants des groupements de communes et pays, depuis le sud de la Vendée, jusqu'au bec d'Ambès. Mais encore les députés, sénateurs, conseillers généraux et régionaux dont les territoires ont un trait de côte pour limite. La troisième grande famille à interroger, ce sont « les acteurs économiques ». François Colas y inclut les représentants des pêcheurs professionnels, des conchyliculteurs, des criées et des ports, de l'aquaculture, de l'extraction de granulats, de la plaisance, des associations sportives et nautiques. Et la liste n'est pas exhaustive. Quatrième et dernier groupe, aussi hétérogène que le précédent : les scientifiques et protecteurs de l'environnement. De l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, au Cemagref, très actif sur l'écosystème estuarien, en passant par l'association Iodde, très mobilisée sur l'impact écologique de la pêche à pied, les universitaires, la Ligue pour la protection des oiseaux, et d'autres encore, tous auront leur mot à dire. Ces consultations ont déjà débuté. François Colas retire, de ces premiers entretiens, que « l'attente est forte. Les acteurs que nous avons rencontrés sont informés (NDLR, une trentaine de tête à tête en avril) de la mise en place de ce parc. Ils veulent en savoir plus sur le calendrier, qui va gérer et si leurs activités seront menacées. » Le chef de la mission qualifie ainsi de « positive » cette première approche, et trouve « naturelles » les réserves formulées. Pour affiner l'échange, des groupes de travail s'activeront, de septembre 2009 à la fin 2010. Le responsable de la mission n'est pas encore en mesure d'en préciser la composition. Mais l'idée, c'est de « mélanger les horizons. A nous, à partir des entretiens en tête à tête, de déterminer les thèmes qui devront être abordés. » « Tout n'est pas joué » Le point de départ de cette réflexion, ce sont des études réalisées sous l'égide du ministère de l'Écologie et du Développement durable. « Elles montrent que les pertuis charentais et l'estuaire de la Gironde sont des écosystèmes très intéressants, et très complémentaires. C'est pourquoi nous avons souhaité associer l'un et l'autre. La Gironde, avec son panache, "irrigue" les pertuis. C'est un estuaire très préservé avec des écosystèmes intéressants. D'un autre côté, il pèche par la qualité de ses eaux. Le parc essaiera d'en améliorer la qualité, en travaillant avec le bassin- versant. » Conçu comme instrument de protection du patrimoine naturel, un parc marin fige-t-il pour autant les activités économiques qu'il englobe ? C'est la crainte majeure. « Dans un parc naturel marin, les écosystèmes doivent être au moins préservés, sinon améliorés. Mais il est aussi fondamental que les acteurs du monde économique puissent continuer d'exercer leur activité : touristique, extraction de granulats, pêche, les ports doivent vivre. » Toute la délicatesse de l'exercice consiste à tracer une ligne de partage. D'un côté, le respect des exigences liées au développement durable. De l'autre, le développement économique. « Nous ne ferons rien de valide s'il n'y a pas de concertation réussie et générale entre les acteurs. Il ne faut pas avoir la sensation que tout est joué. Certes, quatre contractuels ont été recrutés par l'Agence des aires marines protégées qui pilote l'ensemble. Mais notre travail, c'est juste écouter et faire la synthèse de ce que les gens veulent. La zone estuaire-pertuis-plateau de Rochebonne est assez large (10 000 km²). À l'intérieur, il y a des tas de sous-ensembles possibles. Il peut y avoir des secteurs avec une protection très forte, une réserve naturelle, par exemple. Et d'autres, comme les ports, où la présence humaine est dense, l'activité intense. Gardons l'exemple d'une réserve naturelle. Elle ne sera préservée à longue échéance que si la zone située à sa périphérie fait, elle aussi, un travail de développement durable. Un parc naturel marin englobe l'ensemble. À côté de la réserve naturelle de Moëze, il y a par exemple la zone de clapage où sont déversées les vases provenant du dragage des ports. Ces boues ne sont pas forcément très sales. Mais leur concentration n'est pas naturelle. Tout l'intérêt, c'est d'aller vers la gestion globale de la zone, en faisant réfléchir ensemble ses différents acteurs. » Auteur : Philippe baroux SUD-OUEST  |